Entreprendre en Afrique : Les PME dans l’agroalimentaire sont-elles trop petites pour survivre ?
- 15 sept. 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 août
L’Afrique est un continent d’opportunités, notamment dans le secteur de l’agroalimentaire, mais pour les PME locales, le chemin est semé d'embûches.
Bien que ces entreprises soient au cœur du tissu économique, fournissant environ 60 % des emplois dans le secteur privé, elles se heurtent à des défis majeurs pour croître et s’industrialiser.
Sont-elles condamnées à rester trop petites pour survivre ? Ou peuvent-elles devenir des champions industriels ? C'est justement à ces question que nous allons tenter de répondre à travers les défis et les opportunités que ces PME rencontrent.

Source : ONUDI
1. Des ambitions freinées par le financement

Source : AidePME
L’un des premiers obstacles rencontrés par les PME dans l’agroalimentaire en Afrique est l’accès au financement. Les banques locales imposent souvent des taux d’intérêt élevés, pouvant atteindre 30 %, et ne prêtent qu’à ceux qui génèrent déjà des bénéfices substantiels.
Ce qui complique la situation pour les entrepreneurs, qui sont pourtant au cœur du développement du continent. Prenons l’exemple de Ayité Ajavon, fondateur d'une PME de bouillons culinaires 100 % naturels, AFRICUBE.

Source : Africube
Il souligne que malgré un produit validé par le marché et un besoin clairement identifié, les banques restent réticentes à financer sa croissance.
Les fonds d’investissement, quant à eux, sont encore peu développés en Afrique. Pourtant, sans un soutien financier robuste, les entrepreneurs comme Ayité restent limités à une production artisanale, incapable de passer à l’échelle industrielle. Le financement est donc crucial pour que ces PME puissent s’agrandir et devenir compétitives à l’international.
2. Concurrence : Un marché inégal

Source : Investir au Burkina
En face des PME locales se dressent des multinationales, souvent mieux armées. Ces géants de l’industrie agroalimentaire bénéficient de financements à faible taux d’intérêt (environ 2 %), produisent en masse, et sont capables de maintenir des prix très compétitifs.
En comparaison, les PME africaines, bien que leurs produits soient parfois plus qualitatifs, peinent à rivaliser sur les prix.
Cette inégalité est accentuée par une fiscalité qui ne différencie pas les entreprises locales des multinationales.
Les PME doivent donc payer les mêmes taxes, même si elles ne disposent pas des mêmes avantages financiers et logistiques. Cette situation crée un paradoxe : au lieu de protéger les industries locales, les politiques fiscales actuelles freinent leur développement.
3. Problèmes de matières premières et de logistique

Source : Jeune Afrique
L’accès aux matières premières représente un autre défi majeur. Ces dernières sont souvent soumises à des fluctuations importantes de prix, ce qui complique la planification pour les PME.
Par exemple, les coûts du gingembre ou des oignons peuvent tripler en six mois, rendant les prévisions financières très incertaines pour les petites entreprises.
En plus de cela, le transport des marchandises est coûteux, et les infrastructures logistiques ne facilitent pas toujours les choses.
Il arrive souvent que faire venir des emballages de la Chine soit moins cher que de les importer depuis un pays voisin en Afrique, à cause des nombreuses barrières douanières et des taxes sur les routes transnationales.
Comme l'explique Ayité Ajavon, malgré la proximité entre Lomé et Abidjan (700 km), faire venir des emballages de Côte d’Ivoire peut coûter plus cher que les faire venir de Chine.
Ce paradoxe est symptomatique des dysfonctionnements logistiques qui freinent les entreprises du continent.
4. L'emballage : un défi de taille

Source : Agro Media
En matière d’emballage, les PME se heurtent souvent à des coûts prohibitifs. Les petites quantités commandées par ces entreprises locales ne leur permettent pas de bénéficier de prix compétitifs ou de personnaliser leurs emballages.
Riansu Malina Rindra, cofondatrice de Sakafo Madagascar, partage son expérience : même en commandant dix mille bocaux en verre en Chine, elle n’obtient pas l’emballage parfaitement adapté à ses produits.
Pour les PME, il est presque impossible d’accéder à la personnalisation des emballages à un coût raisonnable tant qu'elles ne produisent pas en masse. Ce manque de moyens limite leur capacité à se démarquer sur le marché.
5. Une fiscalité inadaptée

Source : New African
Pour stimuler la croissance des PME, il est essentiel de réformer la fiscalité. Dans de nombreux pays africains, les PME sont taxées de la même manière que les grandes entreprises.
Au Togo, par exemple, dès qu’une entreprise atteint un chiffre d’affaires de 60 millions de francs CFA, elle doit payer 18 % de TVA. Pourtant, à ce stade, les PME sont encore vulnérables et en phase de croissance.
Certaines voix s’élèvent pour demander une exonération fiscale pour les entreprises locales jusqu’à ce qu’elles atteignent un certain seuil de chiffre d’affaires. Cela permettrait aux PME de se consolider avant d’être soumises à une charge fiscale trop lourde.
6. La nécessité d'une industrialisation
Un autre défi majeur pour les PME africaines est leur capacité à s’industrialiser.
Comme l’explique Didier Akuetté, un expert en développement des PME, "il est impensable qu’un entrepreneur africain prenne deux jours pour produire ce qu’un agriculteur américain produit en une heure".
L’industrialisation ou la semi-industrialisation est une étape nécessaire pour réduire le temps de production et les coûts, tout en augmentant les volumes de production.
L’industrialisation permettrait non seulement d’améliorer la productivité, mais aussi de réduire la dépendance des PME aux conditions climatiques et aux aléas logistiques. Cependant, pour atteindre cet objectif, il est essentiel que ces entreprises aient accès aux financements et aux infrastructures nécessaires.
7. Comment créer des champions industriels ?

La clé pour la survie et la prospérité des PME agroalimentaires en Afrique réside dans la collaboration entre les entreprises, les gouvernements et les institutions financières.
Les PME doivent être accompagnées dans leur transition vers l’industrialisation, à travers des politiques publiques de soutien, des exonérations fiscales temporaires, et un accès plus facile aux financements.
Les forums comme le SME Africa Champions Forum sont des initiatives prometteuses. Ils permettent aux PME de se regrouper et de discuter directement avec les décideurs politiques et financiers pour identifier des solutions concrètes à leurs problèmes.
L’enjeu est de créer des champions industriels africains, capables de rivaliser sur le marché international tout en répondant aux besoins locaux.
Conclusion
Bien que les PME agroalimentaires en Afrique soient confrontées à de nombreux défis, elles ne sont pas trop petites pour survivre.
Avec le bon soutien financier, logistique et fiscal, elles ont le potentiel de devenir des géants de l’industrie. Il est temps de reconnaître leur importance pour le développement économique du continent et de les accompagner vers la croissance.
Source
Cet article est basé sur des témoignages et des analyses issus d’une émission diffusée sur RFI : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/8-milliards-de-voisins/20240911-entreprendre-en-afrique-les-pme-dans-l-agroalimentaire-en-afrique-trop-petites-pour-survivre
Voici quelques données clés présentés dans cette émission :
60 % des emplois : Les PME, qu'elles soient formelles ou informelles, fournissent près de 60 % des emplois dans le secteur privé sur le continent
Taux d'intérêt élevé : Les banques locales imposent des taux d’intérêt allant de 12 % à 30 %, freinant la capacité des PME à croître
Seuil de TVA au Togo : Les PME togolaises doivent payer 18 % de TVA dès qu’elles atteignent un chiffre d’affaires de 60 millions de francs CFA
Fluctuation des matières premières : Par exemple, le prix du sac de gingembre est passé de 40 000 francs CFA à 150 000 francs CFA en quelques mois, soit une multiplication par 3,7.
Emballage : Même avec une commande de dix mille bocaux en verre, il est difficile pour les PME de Madagascar d’obtenir une personnalisation adaptée à leurs besoins.
Ces éléments renforcent l'argument selon lequel les PME agroalimentaires en Afrique sont confrontées à des défis structurels importants qui nécessitent des solutions adaptées pour leur permettre de prospérer et de croître.

Rejoignez DOK-Impact, la communauté gratuite des entrepreneurs africains et afrodescendants qui transforment les richesses du continent en marques visibles et rentables.
👉 Inscription en 30 s : dokunvi.com/dok-impact
Commentaires