Le manioc, une culture propice à l'innovation et à l'investissement en Afrique
- 16 juin 2024
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 nov. 2024
Le manioc, une des cultures les plus rentables en Afrique, est indispensable pour sa sécurité alimentaire. Chaque année, le continent en produit près de 200 millions de tonnes, soit environ 60 % de la production mondiale. Cette denrée, exploitée par une multitude d’agriculteurs, est aussi prisée en Asie et en Amérique. Elle favorise l’innovation et l’investissement en offrant de multiples possibilités de transformation et de valorisation.
Dans cet article, nous explorerons :
l’histoire de la culture du manioc,
les dérivés du féculent et ses usages culinaires,
l’apport financier et nutritif du cassava,
les enjeux de la culture et les solutions d’investissement,
quelques méthodes pour investir dans la filière.
Historique et contexte de la culture du manioc en Afrique
Le Manihot esculenta Crantz est consommé sur les terres africaines depuis de nombreux siècles. Il a vite gagné en popularité en raison de sa résilience aux conditions climatiques difficiles et de sa capacité à pousser dans des sols pauvres. Son adaptabilité lui a donné la possibilité de bien se répandre à travers le continent et de devenir un aliment d’exception pour beaucoup de communautés. Le féculent est aussi valorisé pour ses feuilles comestibles, utilisées comme légumes. Il contribue de manière notable à la sécurité alimentaire en Afrique, en fournissant les nutriments essentiels. En plus de ses avantages sur le plan nutritionnel, il représente une source de revenus substantielle pour les agriculteurs. Sa production concourt à la subsistance de millions de personnes.
Parmi les diversités de manioc en Afrique, l’amer se démarque. Il nécessite une détoxication avant ingestion à cause de la présence d’hétérosides cyanogènes. Ses racines sont en général séchées et transformées en tapioca, en cassave, en amidon ou en farine. Il est surtout employé pour la préparation de dérivés comme la fécule et d’autres produits transformés. Le tubercule doux est quant à lui destiné à la consommation directe et contient des hétérosides cyanogènes en quantité moindre. Les variétés développées sont en ce qui les concerne obtenues grâce à des recherches agronomiques pour s’adapter à des conditions particulières, dont le climat et le type de sol. Voici quelques exemples phares.
CRI-Ampong Bankye
Rendement : Plus de 50 t/ha.
Cycle de production : 12 mois.
Caractéristiques : Résistante à la virose et à la bactériose, haute teneur en amidon, tolérante à la sécheresse, variété douce à chair blanche.
Utilisation : Gari, tapioca, farine panifiable de haute qualité.
CRI-Sika Bankye
Rendement : Plus de 40 t/ha.
Cycle de production : 12 mois.
Caractéristiques : Résistante à la virose et à la bactériose, sensible aux acariens, haute teneur en amidon, tolérante à la sécheresse, variété douce à chair blanche.
Utilisation : Gari, tapioca, amidon, Attiéké.
TMS 96_0409
Rendement : Plus de 40 t/ha.
Cycle de production : 12 à 15 mois.
Caractéristiques : Résistante à la virose et à la bactériose, adaptée à l’association avec le maïs, mauvaise aptitude à la cuisson, chair blanche.
Utilisation : Gari, tapioca.
Gbazékouté
Rendement : Plus de 30 t/ha.
Cycle de production : 12 mois.
Caractéristiques : Tolérante à la virose et à la bactériose, adaptée à l’association avec le maïs, variété douce à chair blanche.
Utilisation : Foufou, gari, tapioca.
IITA_TMS_IBA011412
Rendement : Plus de 30 t/ha.
Caractéristiques : Riche en vitamine A, résistante à la virose, sensible aux acariens, tolérante à la sécheresse, variété douce à chair jaune.
Utilisation : Gari, farine panifiable et enrichie.
IITA_TMS_IBA070539
Rendement : Plus de 25 t/ha.
Caractéristiques : Riche en vitamine A, résistante à la virose, tolérante à la sécheresse, variété douce à chair jaune.
Utilisation : Gari, farine panifiable et enrichie.
IITA_TMS_IBA070593
Rendement : Plus de 25 t/ha.
Caractéristiques : Riche en vitamine A, tolérante à la sécheresse, variété douce à chair jaune.
Utilisation : Gari, farine panifiable et enrichie.
Les investigations menées par l’Institut togolais de recherche agronomique et le Centre National de Recherche Agronomique de Côte d’Ivoire ont favorisé le développement de diverses variétés. Adaptées à différentes conditions agro-écologiques, elles promettent des rendements élevés et une résistance accrue aux maladies ainsi qu’aux fluctuations climatiques.

Quelques dérivés du manioc et recettes traditionnelles qui l’incluent dans les pays africains
Dans de nombreux pays sur le continent, environ 70 % de la production est transformé en raison de la périssabilité des tubercules. Ils commencent à se dégrader 3 à 4 jours après la récolte. La transformation rapide aide à diversifier la gamme de produits dérivés. Au Nigeria, au Bénin, au Ghana et en Sierra Leone, le développement de la culture et de systèmes qui combinent processus traditionnels, semi-industriels et industriels a un grand impact. Il en fait une filière à fort potentiel pour l’ensemble de la sous-région.
Le gari et le fufu
La fabrication du gari, denrée la plus consommée et commercialisée, implique de nombreuses étapes, dont la fermentation et la torréfaction. Apprécié pour sa longue durée de conservation et sa forte demande, il est pratique, économique et rivalise avec le riz sur les marchés urbains ainsi que ruraux. Son potentiel d’expansion au Sahel est notable en raison de son faible temps de cuisson, qui minimise l’usage du bois de chauffage par rapport aux céréales traditionnelles. Elles incluent le maïs, le sorgho et le mil. Le fufu, pâte obtenue à partir de tubercules bouillis, pilés et fermentés, est pour sa part prisé au Nigeria, au Cameroun et en Afrique de l’Ouest. Sa farine instantanée est reconnue pour sa facilité de préparation et de stockage.
Le tapioca, l’attiéké et les cossettes
Le tapioca, produit granulaire à base d’amidon gélifié issu du tubercule, est populaire en Afrique de l’Ouest. Sa transformation étant laborieuse, il justifie un prix plus élevé. Vous pouvez le manger trempé ou le cuire à l’eau, avec ou sans sucre et lait. L’attiéké est en revanche un couscous préparé à partir de pulpe de manioc fermentée et cuite à la vapeur. Typique de la Côte d’Ivoire, il est vendu frais sur les marchés locaux ou sous forme déshydratée. Sa production est bien maîtrisée et son commerce s’étend dans de nombreux milieux urbains, dont le Bénin. Les cossettes sont surtout prisées dans les zones de savanes, car elles sont un moyen simple de conserver la culture sur une meilleure durée. Réduit en poudre, elle est utilisée dans diverses recettes comme le kokonte au Ghana. Sa transformation reste manuelle, mais elle est prometteuse pour la mécanisation.
La Farine de Manioc de Haute Qualité (HQCF) et l’amidon de manioc
La Farine de Manioc de Haute Qualité (HQCF) est devenue une denrée phare dans la transformation industrielle du tubercule, en particulier au Nigeria. Utilisée dans les produits de boulangerie, la HQCF a gagné en popularité grâce aux améliorations apportées par des partenariats de recherche depuis les années 1990. L’introduction de la fécule dans les entreprises nigérianes a quant à elle transformé le potentiel agro-industriel de la culture. En plus d’être employé dans les aliments manufacturés et l’industrie non alimentaire, il sert d’agent épaississant dans les soupes et pour la lessive. Il aide à rigidifier les vêtements ou est consommé sous forme de tapioca dans des pays comme la Sierra Leone et le Bénin. Il est aussi un composant clé dans certains pains, biscuits, purées et chips.

Le potentiel économique du manioc et ses vertus nutritionnelles
La production du tubercule sur le continent africain a beaucoup augmenté au cours des 30 dernières années, soutenue par l’essor du secteur de la transformation. Le rendement entre 1990 et 2004 a doublé en Afrique de l’Ouest en atteignant 60,8 millions de tonnes en 2010, dont 37 millions au Nigeria. Il est aujourd’hui d’environ 250 millions de tonnes sur le plan mondial. Au Ghana, le manioc est la culture de base la plus grande, avec un indice qui avoisine 22 % du PIB agricole, et emploie plus de 70 % des agriculteurs. La production moyenne, souvent comprise entre 14 et 21 tonnes par hectare, consolide la position du pays parmi les cinq premiers exploitants sur le continent.
La culture et la transformation du cassava en Afrique, tout comme celle du palmier à huile, montrent un potentiel économique notable. Elles se sont améliorées grâce aux innovations technologiques et aux politiques de soutien, qui réduisent la pénibilité du travail et augmentent l’efficacité des procédés. Le féculent reste un élément clé pour le développement industriel rural et l’augmentation des revenus, avec des applications diversifiées ainsi qu’un marché en constante expansion. Concernant ses vertus nutritionnelles, le manioc, en raison de ses apports importants, se occupe la troisième place après le riz et le maïs. Il renferme, quand il est frais et pelé, entre 125 et 140 kcal pour 100 g. Selon le Dr Jules Kouassi, spécialiste en nutrition, il est bénéfique pour les personnes actives.
Très riche en amidon, il est composé d’environ 70 % de glucide, une caractéristique qui en fait une grande source d’énergie. Le cassava contient aussi des vitamines A, B, C et E ainsi que des minéraux, dont le magnésium, le fer, le calcium, le potassium, le phosphore et le zinc. Il aide à lutter contre l’anémie, améliore le sommeil et favorise la fertilité. Il est bon pour les yeux, le cerveau, le système sanguin et la peau.
Les défis de la filière et les opportunités d’investissement
Dans de nombreux pays d’Afrique, l’accès aux variétés améliorées est l’une des principales difficultés. L’écart de connaissances entre les chercheurs et les planteurs, souvent illettrés ou non initiés aux nouvelles techniques, est énorme. Des centres de recherche existent pourtant pour améliorer les savoirs et les productions, en introduisant des plantations de qualité supérieure. Les infrastructures routières insuffisantes compliquent de plus le transport des denrées des zones rurales aux urbaines. La logistique est un obstacle majeur, avec des camions inadéquats pour les acheminer de manière sécurisée et qui entraînent des coûts élevés. Le conditionnement des racines du tubercule, qui sont très périssables, est un autre défi. Les cultivateurs ont du mal à stocker les aliments faute d’emballages, une situation qui occasionne des pertes financières.
Une multitude d’opportunités d’investissements s’offrent à vous malgré ces enjeux. La transformation et la valorisation du féculent sont l’une des meilleures options. Vous avez la possibilité de le transformer en des produits à haut rendement tels que la HQCF, l’amidon, les biocarburants… L’achat d’équipements modernes augmente la valeur ajoutée des productions et crée des emplois. Vous pouvez aussi penser à investir dans des technologies agricoles avancées pour améliorer l’efficience de la chaîne d’exploitation. L’introduction de machines pour râper, presser et sécher le manioc réduit la pénibilité du travail et accroit la qualité des denrées. La création d’infrastructures logistiques, dont les routes, les entrepôts et les installations de transport, est par ailleurs profitable. Elle facilite le déplacement du tubercule des zones rurales vers les métropoles, minimise les pertes post-récolte et hausse les revenus.
La recherche et le développement pour créer des variétés améliorées et résistantes aux maladies décuplent les bénéfices. La collaboration avec des instituts de recherche pour introduire des diversités à haut rendement et tolérantes à la sécheresse renforce la résilience des cultures. Le féculent a de plus un potentiel d’exportation non négligeable. L’investissement dans la certification des produits qui le renferment offre des opportunités sur les marchés internationaux.

Que vous faut-il pour vous lancer dans la filière ?
Pour démarrer, une somme comprise entre 300 000 et 450 000 FCFA, destinée à l’acquisition du matériel, est requise. Ce montant n’inclut pas la prise du terrain, mais il est suffisant pour commencer avec un hectare de terre. Concernant la transformation de la culture, le budget moyen pour la fabrication de tapioca par exemple se chiffre à environ 130 000 FCFA. Il est alloué au transport, à l’épluchage ainsi qu’à l’acquisition de l’équipement de lavage, de râpage et de pressage. Un pied de manioc en bonne santé fournit en général entre 10 et 15 boutures. Leur achat nécessite de choisir des variétés améliorées, vendues entre 25 FCFA et 50 FCFA l’unité. Leur coût oscille selon que vous les achetiez sur un site de production ou auprès de détaillants.
Si vous souhaitez les produire vous-même, optez pour un sol plat ou un peu incliné. Défrichez-le complètement dès les premières pluies, puis préparez-le en l’ameublissant, en l’enrichissant en matières organiques et en limitant la croissance des mauvaises herbes. Pour la récolte des tubercules, vous pouvez l’effectuer entre 9 et 18 mois après la plantation. Un hectare qui en génère entre 30 et 50 tonnes engendre un revenu allant de 500 000 FCFA à 1 500 000 FCFA. À travers leur transformation en des produits alimentaires ou industriels, vous faites des gains supplémentaires.
La clientèle du manioc est diversifiée. Ses racines, transformables en semoule, en amidon ou en farine, sont vendues sur les marchés locaux, surtout à des ménages. La fécule qui en est extraite est utilisée dans divers aliments et pour la fabrication de papier ainsi que de textiles. Le cassava sert également de ressource première pour la production d’édulcorants, de fructose, d’alcool et de carburant à l’éthanol. Vous pouvez également transformer les pelures en nourritures pour les poulets, le bétail, les cochons et les buffles.

Stratégies d’investissement
En tant qu’entrepreneur, vous pouvez envisager des partenariats Public-Privé (PPP) pour développer des infrastructures et des politiques favorables à l’investissement dans le manioc. Les PPP facilitent l’accès aux financements et aux technologies nécessaires pour moderniser sa chaîne de valeur. L’éducation des agriculteurs et des travailleurs de l’industrie de la transformation est une autre approche. Les programmes de formation et de développement des compétences améliorent les procédés agricoles, la productivité et la qualité des produits. La création de mécanismes de microfinancement pour soutenir les petits cultivateurs est aussi profitable. Adoptez de plus des pratiques agraires durables. Investissez dans des variétés de cassava résistantes aux conditions climatiques extrêmes et valorisez des méthodes de culture qui préservent les ressources naturelles. Ces gestes contribuent à la durabilité de la production.
Faites des campagnes de marketing pour promouvoir vos consommables à base du féculent sur les marchés locaux et internationaux. Sensibilisez les consommateurs sur ses avantages nutritionnels et environnementaux pour augmenter la demande et stimuler les ventes. Établissez par ailleurs des chaînes de valeur intégrées qui relient les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Une approche réfléchie accroit la coordination et l’efficacité en réduisant les pertes et en maximisant les bénéfices.

Conclusion
Le manioc contribue à générer des revenus, à créer des emplois et à garantir la sécurité alimentaire de millions d’Africains. L’investissement dans cette filière présente des opportunités notables pour la transformation économique. Avec des stratégies ciblées et les technologies adéquates, vous pouvez ainsi maximiser le potentiel de cette culture pour le développement rural et la croissance financière du continent.
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